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La puissance uranienne

    Les configurations planétaires qui viennent seront de nature multiple, chaque composante apportant sa propre dimension. Nous avons déjà exploré la puissance de destruction plutonienne observable dans la plupart des conflits, et dont la caractéristique majeure est de provoquer l'anéantissement. Après son passage, il ne reste plus rien debout et il faut habituellement tout reconstruire; la tendance est alors à l'effondrement; c'est un mouvement qui va de haut en bas.

       Avec l'influence uranienne, le mouvement est inverse : il s'accomplit de bas en haut; c'est une force de soulèvement pouvant s'appliquer aussi bien aux personnes qu'aux groupes, aux idées ou à la matière. C'est l'exemple de la lave qui bouillonne jusqu'au jour où la pression est trop forte et propulse les éléments vers le haut en entraînant tout ce qui se trouve sur son passage; c'est une voie d'explusion.

    Avec Mars et le Bélier, à l'époque des Romains, ce sont les muscles qui étaient l'expression de la puissance et qui pouvaient malgré tout soulever des charges impressionnantes. Avec Neptune et les Poissons c'était la foi et les valeurs religieuses qui dominaient et qui pouvaient soulever les montagnes en entraînant les élans les plus conquérants et les plus idéalistes. Avec Uranus et le Verseau c'est l'énergie la plus pure, c'est-à-dire celle de l'esprit, qui est la puissance dominante, et elle n'a pas fini de nous étonner et de nous rendre témoins de manifestations extraordinaires.

       Mais l'énergie uranienne n'en est pas une de conquête personnelle : elle n'est pas au service des individus comme une puissance dont on se sert pour s'élever ou pour dominer les autres. Elle est essentiellement une énergie de transformation dont le propre est de propulser vers le haut, mais avec une dimension nécessairement collective. C'est avant tout une énergie de réaction dont l'origine prend sa source dans la constatation d'une situation de déséquilibre, et dont l'orientation tend vers le rétablissement d'un équilibre qui se veut le plus absolu possible.

    Lorsque l'astronome britanique sir William Herschell découvre Uranus en 1781, il ne se doute pas que cela va bousculer toutes les traditions. Avant, c'était l'ordre saturnien qui régnait puisque c'était la dernière planète connue. Pendant quelques millénaires, le bout de la connaissance était Saturne et le Capricorne; c'était les limites qu'on ne franchissait pas; tout était parfaitement organisé.

    Avec sa découverte, il ouvre un nouveau chapire de l'histoire de l'humanité : désormais, les frontières vont s'étendre au-delà du connu. De mème quelques années plus tard l'astronomie et la physique vont propulser les limites jusqu'aux confins de l'univers dans un mouvement sans fin; le mot illimité était inventé

    Avec Uranus, il faudra compter avec une puissance nouvelle de libération sur laquelle les individus pourront compter pour briser les chaines, les embâcles des déséquilibres. La question restera tout de même posée, mais sans réponse adéquate, à savoir pourquoi les énergies de la planète se sont libérées à partir du moment où on a pu la « voir » physiquement, alors qu'il n'y a aucun doute qu'elle était là depuis toujours.

    La première manifestation d'envergure de son influence ne tarde pas, et c'est ainsi que le 14 juillet 1789 un soulèvement populaire à Paris amène des émeutiers à envahir la Bastille et à libérer des prisonniers politiques dans une contestation ouverte et populaire du pouvoir royal. Depuis, les formes, les objectifs et les méthodes ont évolué, mais le modèle reste le même. Une personne ou un groupe de personnes qui se sentent inconfortables à l'intérieur d'une situation quelconque envisagent de prendre des moyens radicaux pour en sortir.
 
  On peut approuver, appuyer ou condamner, mais la démarche ne passe pas inaperçue : elle  « déplace de l'air », elle tend à se frayer un chemin par les voies disponibles : l'énergie uranienne procède d'un mouvement qui va de l'intérieur vers l'extérieur, mais qui est totalitaire. C'est une forme d'énergie explosive dont l'ampleur ne peut pas être facilement mesurée, calculée, contrôlée. Elle se libère sous la forme d'impulsions vigoureuses qui sont propulsées dans toutes les directions avec une puissance d'autant plus grande qu'elle aura été refoulée longtemps ou avec ampleur.

    C'est ainsi que l'esclavage a été aboli officiellement partout dans le monde, même si officieusement il en reste encore de nombreuses poches s'exprimant sous différentes formes, mais le mouvement global est enclenché et il apparaît évident que la liberté la plus totale est devenue un objectif de société vers lequel on tend et que l'on atteindra de plus en plus, mais jamais complètement.

    Ce qu'il faut retenir de tout cela, c'est que tout mouvement génère en même temps sa contre partie négative. Si les esclaves jadis pouvaient revendiquer sans restriction le droit absolu à la liberté minimale, les gens d'aujourd'hui n'ont peut-être pas la même légitimité pour justifier chacun des objectifs qui sont poursuivis. Lorsque les agriculteurs veulent faire valoir leur point de vue, ils emploient et déploient des moyens de grande envergure : leur message se voit, il s'entend, et parfois même il se  « sent ».

    C'est ici qu'il peut se produire la rupture entre la justification d'un mouvement de protestation ou de contestation orienté vers l'établissement ou le rétablissement de droits fondamentaux comme celui à la vie, à la liberté physique, à la liberté de parler sa langue ou de pratiquer sa religion, et celle d'un mouvement orienté vers l'obtention ou le maintien de certains bienfaits ou avantages qui peuvent être souhaités, mais non essentiels. C'est ici également que risque de s'instaurer la disproportion des moyens mis en oeuvre et les objectifs visés. Les énergies déployées au moment de la première grève qui opposait un syndicat naissant avec un employeur rétissant peuvent-elles être justifiées aujourd'hui pour chercher à obtenir, dans une convention de travail, un allongement de la pause-café de quinze à vingt minutes? Si 365 groupes bien organisés et fermement résolus à mettre « tout en oeuvre » pour obtenir les concessions ou les avantages qu'ils recherchent décident de bloquer le pont Champlain chacun un jour différent dans l'année, cela sera-t-il justifié? Et surtout, les inconvénients causés à la majorité ne seront-ils pas plus importants que les gains obtenus par une minorité?

    Le modèle prométhéen est inévitable puisqu'il découle de l'influence d'une puissance supérieure contre laquelle nous ne pouvons guère lutter. Si, pendant les deux derniers millénaires, le modèle prédominant était l'acceptation fataliste des événements comme étant l'expression de la volonté de Dieu, celui qui prévaut déjà maintenant et qui nous sera imposé pour deux mille ans encore est l'image d'un surhomme déployant des moyens fantastiques pour arriver à ses fins, et à qui rien n'est impossible puisque la notion du libre arbitre a remplacé celle du déterminisme. Dans ces conditions, comment ne pas trouver normal que la race humaine se trouvera emportée et transportée vers des sommets d'accomplissement dont notre ancêtre Prométhée eut été fier?

    La course vertigineuse vers l'exploit ne fait que débuter, et si, aux prochains jeux olympiques, un jeune homme s'empare d'un micro pour faire sa demande en mariage devant l'auditoire entier de la planète, on en déduira qu'il s'agit là d'un bel effort, mais sans doute que le suivant aura l'idée de le faire d'un module en marche sur la Lune.

    La prochaine dissonance uranienne, liée à Pluton, s'étalant sur plusieurs années, sera une occasion exceptionnelle d'observer sa puissance, en direct, et d'autant que la scène du monde est couverte dans ses moindres recoins. Et comme toujours, nous serons des spectateurs attentifs et passifs, comme lorsqu'on voit une colonne de plusieurs centaines de milliers de personnes être déplacées sans qu'on puisse intervenr. Ce sera sans doute l'occasion de voir des énergies considérables se libérer mais quel en sera le prix? Une fois la tempête passée, le prix de la reconstruction risque d'être inabordable.


Jacques Cyr
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