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L'horloge démographique
En octobre 1999, le secrétaire général des Nations Unies se rendait au Kosovo pour y accueillir officiellement et symboliquement le 6 milliardième habitant de la planète, événement perçu différemment par les uns et les autres selon la vision que l'on a de l'avenir. Le vingtième siècle a été un moment de fécondité exceptionnel au cours duquel nous avons atteint le premier milliard, puis le second, puis le troisième dans une courbe géométrique ascendante laissant entrevoir des scénarios apocalyptiques selon lesquels nous pourrions nous retrouver éventuellement dix ou quinze milliards et difficilement capables de nous nourrir et de survivre. A l'image de l'horloge reflétant notre dette nationale qui a indiqué pendant longtemps, par ses chiffres, une augmentation inquiétante, mais qui se sont stabilisés et ont même recommencé à descendre, l'horloge démographique est encore en mouvement ascendant, mais pour beaucoup moins longtemps que plusieurs ne le croient ou ne le craignent. En effet, pour comprendre le phénomène il faut se demander pourquoi la fécondité a atteint son sommet sur une si courte période. C'est encore le passage de l'ère des Poissons à celle du Verseau qui en donne l'explication : la fin d'une époque marque à la fois sa culmination et le début de son déclin. Avec le début des années 50, le taux de natalité commence à chuter légèrement pour atteindre, il y a déjà une décennie, un taux de reproduction égal ou inférieur à 1 pour 1 dans les pays industrialisés, et la tendance ne s'arrêtera pas. On a bien tenté d'inciter les jeunes couples à avoir plus d'enfants par des allocations généreuses, mais les résultats n'ont pas fait monter la moyenne. Le pays le plus peuplé de la Terre, la Chine, a pris des mesures drastiques pour freiner la natalité en imposant des règles rigoureuses, les moyens contraceptifs ont permis un contrôle individuel se rapprochant de l'absolu, et la tendance s'étend maintenant à toute la population du globe. Ce qu'il faut retenir, c'est que tout cela se passe en « synchronicité » avec le passage, peu importe les explications scientifiques avancées pour justifier le phénomène. La valeur de fécondité des Poissons a cédé la place à un autre type de fécondité, plus psychique, plus créatrice en regard d'autres domaines de la vie. La population du globe atteindra donc son apogée d'ici quelques décennies à peine, et par la suite le mouvement ne pourra que régresser pour au moins toute l'ère du Verseau, mais certainement pour la suivante aussi car le Capricorne n'est pas représentatif de fécondité natale. Selon cette vision, et non celle projetant les tendances des années 50, la plus grande manifestation cosmique qui affectera la planète au XXIe siècle sera la prise de conscience d'une réalité qui s'imposera de façon spectaculaire et dramatique d'ici quelques décades : A partir du moment où l'horloge démographique se stabilisera à un certain chiffre, la population du globe commencera à être en danger d'extinction potentielle, car à partir du moment où le taux de reproduction sera égal à 1 pour 1, chaque fois qu'il y aura une catastrophe naturelle, les personnes décédées ne seront pas remplacées. Tout cela peut apparaître douteux aujourd'hui aux yeux des gens qui s'inquiètent encore d'une surpopulation possible, mais les conséquences d'une telle prise de conscience s'accompagneront d'un nombre incalculable de mesures dont on ne peut soupçonner l'ampleur aujourd'hui. Par exemple, toute la théorie de l'expansion des années cinquante et soixante était basée sur une progression fulgurante des populations : là où dans dans une ville il y avait vingt succursales d'une même banque celle-ci projetait d'en ouvrir dix autres, toutes les entreprises fabriquant des produits quelconques regardaient vers l'avenir avec des perspectives qui se multipliaient presque à l'infini. Mais voilà qu'avec l'ère du Verseau et la possibilité (bientôt la certitude) de voir la population mondiale non seulement plafonner mais encore commencer à régresser, les possibilités de croissance deviendront de plus en plus limitées, et si on pense que la concurrence actuelle est féroce que sera-t-elle lorsque les entreprises voudront s'arracher la moindre parcelle d'influence sur les consommateurs? Et que penser seulement des enfants qui deviendront une denrée tellement rare qu'on voudra se les arracher à prix fort? Si les listes d'adoption d'aujourd'hui sont longues et qu'il faut parfois pour les parents potentiels attendre des années avant d'avoir la possibilité de réaliser ce rêve, comment les sociétés de demain régiront-elles ce problème qui surpassera tous les autres? Ici, nous ne serons pas en face d'une problème technique ni même d'un problème d'éthique, mais en face d'une équation beaucoup plus problématique que toutes celles qui ont jalonné notre histoire. Ce qui est certain, c'est que ce phénomène prendra toute son ampleur au milieu du siècle, accentuant la portée de ce qui a été mentionné à propos de la survie des grandes multinationales. Lorsque les chaînes de magasins ou de restaurants les plus performantes auront conquis les derniers marchés qui sont encore libres aujourd'hui, vers où pourront-elles se tourner pour continuer leur expansion? Peut-être pourra-t-on aller déguster des Mccroquettes sur la Lune ou sur Mars, mais à quel prix? Jacques Cyr
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